Stratégie Tech

2026 : la fin des roadmaps tech sur 12 mois?

En 2026, la planification stratégique à long terme montre ses limites. Comment les dirigeants tech peuvent repenser leur approche pour gagner en agilité.

Matthieu Sénéchal

14.01.2026

Les outils de planification n'ont jamais été aussi sophistiqués. OKR, roadmaps produit, plans stratégiques à trois ans : les dirigeants disposent d'un arsenal complet pour structurer l'avenir de leur entreprise. Pourtant, quelque chose ne fonctionne plus. Les plans établis en janvier sont obsolètes en avril. Les roadmaps validées au trimestre précédent ne correspondent plus aux priorités du moment. Ce décalage entre la rigueur des processus de planification et leur pertinence réelle pose une question fondamentale : faut-il encore planifier quand le contexte évolue tous les trois mois ?

La réponse n'est pas de jeter la planification aux oubliettes. Elle est de comprendre ce qui a changé et d'adapter nos méthodes en conséquence.

Pourquoi planifier devient inefficace en 2026 ?

Le problème n'est pas nouveau, mais son ampleur l'est. Le rythme de changement s'est accéléré sur plusieurs fronts simultanément : évolutions technologiques (l'IA redéfinit des pans entiers de métiers en quelques mois), instabilité géopolitique, mutations réglementaires, changements d'usages. Ces sources d'incertitude ne s'additionnent pas, elles se multiplient. Et surtout, elles interagissent de manière imprévisible.

Quand vous établissez une roadmap produit à 12 mois, vous faites implicitement des hypothèses sur l'état du marché, les capacités technologiques disponibles, les attentes de vos clients et le comportement de vos concurrents. En 2026, chacune de ces hypothèses peut être invalidée en quelques semaines. Pas parce que vous avez mal analysé la situation, mais parce que la situation elle-même s'est transformée.

Le décalage temporel entre le moment où vous planifiez et celui où vous exécutez suffit à rendre vos plans caducs. Ce n'est pas un problème de qualité de l'analyse. C'est un problème de vitesse.

Le coût caché d'une roadmap tech trop rigide

Planifier en détail sur le long terme consomme des ressources considérables : temps de réflexion, réunions d'alignement, arbitrages, documentation. Ce temps investi crée un attachement naturel au plan produit. On a travaillé dessus, on y croit, on veut le voir se réaliser.

Ce phénomène génère une forme d'inertie organisationnelle. Quand les signaux du terrain indiquent qu'il faudrait bifurquer, la tentation est forte de s'accrocher au plan initial. Les équipes passent alors plus de temps à justifier les écarts entre le plan et la réalité qu'à créer de la valeur. Le plan, censé être un outil au service de l'exécution, devient une fin en soi.

Il y a aussi un coût d'opportunité moins visible : pendant que l'organisation s'efforce de coller au plan, elle rate des fenêtres d'action qui s'ouvrent et se ferment rapidement. Le marché n'attend pas que votre roadmap soit à jour.

Cap clair, chemin flexible : une autre approche de la roadmap

L'alternative n'est pas l'absence de direction. C'est la distinction entre ce qui doit rester stable et ce qui doit pouvoir bouger.

La vision, l'objectif final, le cap : tout cela peut et doit rester clair. Savoir où l'on veut aller dans deux ou trois ans reste pertinent. Ce qui ne l'est plus, c'est de tracer à l'avance le chemin complet pour y arriver. Parce que ce chemin va changer. Plusieurs fois. Et c'est normal.

Concrètement, cela signifie planifier uniquement sur l'horizon visible. Quelques semaines, un trimestre au maximum pour les sujets opérationnels. Au-delà, on se contente d'une direction générale et on accepte de ne pas savoir exactement comment on va s'y prendre. Cette approche demande de renoncer à une certaine forme de confort intellectuel. On ne peut plus dire « dans 18 mois, nous aurons livré telle fonctionnalité ». On peut dire « dans 18 mois, nous voulons avoir résolu tel problème pour nos clients, et voici comment nous commençons ».

L'investissement se déplace : moins de temps passé à affiner des projections lointaines, plus de temps consacré à développer la capacité d'itération rapide. La vélocité d'adaptation devient plus précieuse que la précision des prévisions.

Comment le rôle du dirigeant évolue face à l'incertitude

Cette transformation change profondément ce qu'on attend d'un CEO ou d'un dirigeant tech.

Le modèle classique plaçait le dirigeant dans un rôle de stratège : celui qui analyse, projette, trace la route et s'assure que l'organisation la suit. Ce modèle suppose une certaine stabilité de l'environnement, ou au moins une prévisibilité suffisante pour que l'analyse débouche sur des conclusions durables.

Quand cette prévisibilité disparaît, le rôle évolue vers quelque chose de différent. Moins celui qui décide du « comment » que celui qui maintient le « pourquoi ». Le dirigeant définit la destination et les principes de navigation, mais laisse davantage de latitude aux équipes pour trouver le chemin. Il arbitre en temps réel plutôt qu'en amont. Il crée les conditions pour que l'organisation puisse s'adapter vite, plutôt que de chercher à tout anticiper.

C'est un changement de posture qui peut être inconfortable. Projeter une entreprise à cinq ans donnait une impression de maîtrise. Reconnaître qu'on ne sait pas exactement où l'on sera dans 18 mois demande une autre forme de confiance, à la fois en soi et dans son équipe.

Quand le contexte ouvre des opportunités

Ce contexte n'est pas uniquement une contrainte à subir. Il redistribue aussi les cartes.

Des marchés qui semblaient verrouillés s'ouvrent parce que les acteurs établis peinent à s'adapter. Des positions de rente sont remises en question. De nouveaux outils permettent d'attaquer des problèmes qui étaient hors de portée il y a encore deux ans. L'instabilité crée de l'espace pour ceux qui savent s'y mouvoir.

Les organisations capables de bouger vite disposent d'un avantage structurel. Pas parce qu'elles devinent mieux l'avenir, mais parce qu'elles peuvent tester, apprendre et corriger plus rapidement que les autres. Dans un environnement où personne ne sait vraiment ce qui va se passer, la capacité d'adaptation vaut plus que la qualité des prédictions.

Ce que cela change pour les dirigeants tech

La question n'est plus « quel est le bon plan » mais « quelle est notre capacité à réagir quand le plan ne fonctionne plus ». Ce n'est pas un aveu d'impuissance. C'est une forme de lucidité sur la nature de l'environnement dans lequel nous opérons.

Pour un dirigeant tech, cela implique de réviser certaines habitudes : accepter des zones d'incertitude dans la feuille de route, investir dans la vélocité des équipes plutôt que dans la finesse des projections, et parfois prendre des décisions avec une information incomplète parce qu'attendre d'en savoir plus coûterait trop cher.

Le plan ne résiste jamais au contact du terrain. Et aujourd'hui, on ne sait plus très bien d'où viendra ce contact, ni quand. Reste à construire des organisations capables de l'encaisser et de rebondir.

Contenu mis à jour le :

14.01.2026

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